22/04/2009

Phnom Penh

Phnom Penh : Day 54

03/04/2009 :

Réveil aux aurores. Malgré le confort extrêmement rudimentaire de ma chambre à 4$, je dois tout de même avouer que j'ai dormi à poings fermés et ce sans la moindre interruption. Je descends vers 08h30 pour le petit-déjeuner aux bords du lac Boeng Kak. Vue splendide pour bien débuter la journée. Vers 09h30, Andtree mon tuk-tuk driver vient me chercher à l’hôtel et me presse de partir au plus vite pour ne pas rater la projection du reportage relatant le lugubre passé de la tristement célèbre prison Tuol Sleng alias S-21. En effet, l’unique projection matinale débute à 10h00 et a lieu au musée du crime génocidaire logé dans les bâtiments de l’ancienne prison. Etrangement Kim n’est pas au rendez-vous et je suis très étonné par son absence. Peut-être a-t’il tout simplement mal compris l’heure ? Ce qui est certain par contre, c’est que je dois partir au plus vite, je ne peux plus attendre. Je traverserai en tuk-tuk quelques avenues très encombrées telle que l’artère principale de la ville le boulevard Monivong et arriverai à 10h05 en face du musée du crime génocidaire. Prix de l’entrée 4$. Andtree m'indique qu’il reviendra me chercher à la sortie  2h30 plus tard, ce qui me parait très long pour une simple visite, mais ce dernier m’assure que c’est un délai raisonnable. J’accepte, bien que je reste perplexe.

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Je traverse la cour intérieure vers ma droite et m'installe dans la salle de projection au deuxième étage du bâtiment D. Le film a déjà commencé, mais je ne suis finalement pas trop en retard. Bien que le reportage soit réalisé par France 3, tous les commentaires et sous-titrages sont en Anglais. La qualité de la bande sonore est plus que médiocre et j'éprouve beaucoup de difficultés à cerner un grand nombre de commentaires, passant à côté d’une mine d’informations essentielles. La projection incluant des images d’archives et des témoignages de rescapés dure environ une heure et donne le ton de la visite qui suivra. Entre 1975 et 1979, la prison S-21 fut la plus terrifiante de toutes. Aménagée par les Khmers rouges dans une ancienne école construite sous le protectorat français, elle a vu transiter environ 15.000 personnes subissant les tortures les plus immondes  avant d’être achevés dans le camp d’extermination de Choeung Ek http://en.wikipedia.org/wiki/Choeung_Ek à quelques kilomètres de Phnom Penh. Selon le guide du routard, seulement 7 prisonniers ont réussi à s’en sortir vivant, mais jamais aucun prisonnier n’a pu s’évader de là.

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La visite : 4 bâtiments au total à parcourir.

Je débute dans le désordre avec la bâtiment D pour la projection vidéo de 10h00 (voir commentaire ci-dessus). Je descends ensuite au 1er étage où j'observe des juxtapositions de photos anciennes et récentes de jeunes Khmers rouges repentis. Bien qu’un peu surpris au départ par cette démarche, je l’accepte cependant, car c’est une preuve manifeste de réconciliation entre les martyrs et leurs bourreaux, tous finalement victimes d’un système inhumain.

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Je termine la visite du bâtiment D par le rez-de-chaussée où toutes les cellules ont été enlevées pour créer une salle d’exposition présentant les innombrables méthodes de tortures employées par les KR ; fouet, utilisation de scorpions, arrachage des dents avec des pinces etc.

Je quitte le bâtiment D et rejoins le bâtiment C qui est resté en l’état rempli de minuscules cellules individuelles. Aux balcons, des barbelés empêchaient les prisonniers de se suicider. Prévoyants ces KR !

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Je traverse à nouveau la cour intérieure et me rends dans le sens opposé vers le bâtiment A, qui était utilisé par les KR pour les interrogatoires. Enchevêtrement de pièces vides de tout mobilier hormis d’un lit où les tortionnaires se livraient à leurs basses œuvres. Glauque. En sortant de l’annexe A, je prendrai connaissance du règlement des agents de sécurité (voir photo ci-dessous). Je trouve le point n°6 du règlement encore plus abjecte que les autres…

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Je terminerai enfin par le bâtiment B transformé en mémorial où je découvre des centaines de photos de vieillards, d’enfants, de jeunes hommes et femmes tous victimes de la folie meurtrière des KR. Ces derniers avaient la manie de ficher chaque détenus.

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Coïncidence, Douch, le responsable KR de la prison Tuol Sleng et ancien instituteur, est actuellement jugé par le tribunal cambodgien, son procès déchaine les passions, mais Douch est bien seul sur le banc des accusés. http://www.france24.com/fr/20090216-proces-tardif-khmer-rouge-ouvre-phnom-penh-cambodge-Douch 

Lieu cauchemardesque, mais visite essentielle à la compréhension du génocide cambodgien et peut-être aussi à celle du pays.  


Je sors de S21 et retrouve Andtree affalé dans son tuk-tuk. Il me propose de me conduire au marché russe, autre attraction réputée de la ville. Peu après, Andtree me dépose à l’entrée et me donne rendez-vous une heure plus tard pour me laisser le temps de découvrir le marché et de me restaurer sur place. Le marché russe est appelé ainsi car les Russes le fréquentaient massivement durant l’occupation vietnamienne. Je remarque vite qu’ils ne sont plus les seuls à côtoyer l’endroit, les touristes sont légions et d’origines diverses. On trouve de tout dans ce marché couvert ; alimentation, souvenirs, quincaillerie, dvd, t-shirts etc.  Franchement, je n'en garderai pas un souvenir mémorable, car c’est un marché asiatique comme les autres.

A 13h45, Andtree vient me chercher et me conduit à hauteur du monument de l’indépendance construit en 1958 cinq ans après l’indépendance du pays. Le monument, qui ne se visite pas, repose sur un gigantesque rond-point, je dois faire preuve de vigilance pour l’atteindre tant la circulation est dense.

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Je remonte à nouveau dans le tuk-tuk et reprenons la route en direction du palais royal et de la pagode d’argent où Andtree me déposera 10 minutes plus tard. Le guide du routard consacre deux pages entières à la description de ces deux joyaux architecturaux de Phnom Penh. Comme je ne souhaite pas abonder de commentaires superflus, je tenterai simplement de vous transmettre mes impressions et de citer les principales curiosités du site. L’endroit ressemble à s’y méprendre à Wat Phra Kheo de Bangkok (voir Day 4), mais en beaucoup plus sobre.

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Les curiosités principales : L’entrée principale du domaine royal nommé le pavillon Chan Chayan 

http://nl.wikipedia.org/wiki/Choeung_Ek

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la salle du trône, longue de 100m et sertie d’une flèche qui culmine à 60m de hauteur, où ont lieu les cérémonies de couronnement. La décoration intérieure y est de toute beauté, mais comme les photos sont interdites, il m’est impossible de vous le prouver.

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Nous passons ensuite au palais Napoléon III, construit et offert par la France en 1870. Même si l’architecture tout en fer est intéressante, force est de constater que le contraste avec les palais environnants est loin d’être une réussite. Dommage.

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Le palais Kemarin : le lieu de résidence de Sihanouk (précédent roi du Cambodge, qui a abdiqué en 2004 en faveur de son fils cadet) ne se visite pas. Impossible non plus de s’en approcher pour prendre une photo décente.

J'arrive finalement à la pagode d’argent sans doute la plus luxueuse du Cambodge, car son sol est pavé de 5000 carreaux d’argent de 1kg/pièce. On y trouve plusieurs trésors ; un bouddha d’émeraude (encore un, voir Day 4), un bouddha en or serti de plus de 2000 diamants et un bouddha de marbre originaire de Birmanie. Il ne m’est toujours pas possible de photographier l’intérieur de la pagode.

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Malgré le prix d’entrée assez prohibitif (6,5$), je sors enchanté par cette visite, qui est un véritable ravissement pour les yeux. Je n’imaginais pas pareil trésor, car il faut avouer que la notoriété du palais royal et de la pagode d’argent est bien faible par rapport à celle du Wat Phra Kheo de Bangkok. Un must.


Vers 17h00, je rejoins la sortie et retrouve Andtree qui m'attend sur son tuk-tuk. Je lui demande de me conduire sur les rives du fleuve Tonlé Sap et plus précisément sur le quai Sisowath décrit dans le routard comme la 'croisette' de Phnom Penh. Je veux bien les croire, mais je n’en ai rien vu, car des panneaux pour chantiers me barraient la vue.  

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Pas de croisette au programme. Un peu déçu, je proposons à mon sympathique tuk-tuk driver (j’adore dire et écrire ce mot) d’aller boire un verre. Il m'amène dans un café qu’il fréquente habituellement et nous commandons une ‘JAR’, un pichet rempli de bière Anchor (à ne pas confondre avec leur bière nationale Angkor dont le slogan est « My Country, my Beer »). Risible. Bref, la bière est bien fraiche et passe très facilement bien qu’elle n’ait rien d’exceptionnel. Elle passe tellement bien qu’Andtree se lache un peu et me fait part de sa vie privée. Chouette gars. Le pichet se vide rapidement et il me conduira ensuite ensuite à une agence de voyage où j'achèterai un ticket de bus pour me rendre le lendemain à Sihanoukville, station balnéaire du sud du Cambodge. Prix 6$ avec la compagnie Paramount.

Sa journée étant terminée, Andtree me reconduit à l’hôtel (si on peut appeler ça un hôtel) et salue ce dernier. J'irai prendre une douche et repartirai tout de suite après me restaurer dans le quartier routard du lac Kak, à deux pas de notre logement. Menu : pigeon grillé. Pas mal.

Dans le hall de notre hôtel, je croiserai Kim, mon ami coréen, qui ne cesse de s’excuser et m'explique tant bien que mal qu’il s’est réveillé ce matin vers 09h40 et que j'étais déjà parti. Malgré mon insistance, il tiendra absolument à partager le prix du tuk-tuk comme il s’était engagé à le faire la veille. Je trouverai un compromis et lui proposerai d’aller boire un verre au bar de l’hôtel. Nous aurons l’occasion d’un peu mieux nous connaitre malgré la barrière de la langue. Ce jeune homme de 68 ans me raconte qu’il est en train de parcourir l’Asie du Sud-est et ce à un rythme effréné ; Thaïlande, Laos, Vietnam, Cambodge (tout comme nous) et ensuite le Myanmar (Birmanie), l’Indonésie, les Philippines avant de retourner à Seoul et tout ça en moins de quatre mois. Le plus impressionnant c’est qu’il voyage seul avec un budget serré (bonjour le confort comme ici à Phnom Penh). En plus de cela, sa connaissance de l’Anglais est très limitée. Malgré tous ces obstacles, Kim est fier de me montrer de nombreuses photos de compagnons de voyages du monde entier rencontrés ces dernières semaines. Singulier petit bonhomme ce Kim. 

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Exténué, je dirai adieu à Kim qui se rendra le surlendemain à Angkor alors que je prendrai la direction de Sihanoukville le lendemain matin. Arrivés dans la chambre, je constate que les ‘canalisations’ en plastique ont laché et que de l’eau coule abondamment dans la salle de bains. Une vraie piscine. Heureusement qu’une haute marche sépare la pièce de notre chambre. J’irai trouver la ‘réception’ et je changerai de chambre peu de temps après. Il n’est pas encore minuit et je dors déjà.

21/04/2009

Cambodge : l'année zéro

Le Cambodge : L’année zéro

Avant de débuter le récit de mon séjour au Cambodge, il me semble essentiel d'aborder ne serait-ce que brièvement l'une des pages les plus sombres du XXème siècle à savoir le génocide perpétré par le régime des Khmers rouges entre 1975 et 1979. Près de 2.000.000 de Cambodgiens, soit un peu moins d’1/4 de la population totale du pays à cette époque, furent massacrés par ces tortionnaires sanguinaires. Ce que j'ai lu et entendu dépasse l’entendement et même si je suis conscient que la majorité des lecteurs soient bien au fait des atrocités commises par les KR (Khmers rouges), j'aimerais néanmoins revenir quelque peu sur ces années sombres, tout simplement pour mieux comprendre le Cambodge d’aujourd’hui et l’état de délabrement dans lequel s’est trouvé le pays ces 30 dernières années.

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Les Khmers rouges :

L’Angkar était l’organisation suprême des KR dont personne ne connaissait les responsables hormis les principaux dirigeants tels que Saloth Sar alias frère n°1, alias Pol Pot (Politique Potentielle) http://fr.wikipedia.org/wiki/Pol_Pot , son bras droit Leng Sary et l’idéologue Khieu Samphân initiateur du ‘marxisme agraire’. http://fr.wikipedia.org/wiki/Khieu_Samph%C3%A2n

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L’ ‘idéologie’ des KR et son application :

Après plusieurs années de guérilla face à un gouvernement corrompu et despotique, les KR se rendent enfin maîtres de la capitale Phnom Penh. En 48h seulement, les KR procèdent à l’évacuation totale de la ville, soit plus de 2.000.000 d’habitants et de réfugiés qui avaient fuit les campagnes. Toute la population est déportée de force vers les campagnes pour travailler dans des conditions proches de l’esclavagisme condamnant ainsi bon nombre de citadins à une mort certaine suite à la malnutrition, aux travaux forcés, aux maladies et au manque total d’infrastructures médicales. L’objectif des KR est de supprimer toute trace de l’ancien régime considéré comme capitaliste et décadent. On déporte et exécute les médecins, les instituteurs, les militaires, les intellectuels, les porteurs de lunettes (assimilés aux intellectuels), les jeunes aux cheveux longs, les personnes parlant une langue étrangère et j’en passe. Leur abjecte système de pensée préconisait qu’il était préférable de tuer un innocent que de laisser en vie un ennemi !!! No comment.    

Hormis l’exécution systématique des élites de l’ancien régime, les KR réorganisent en profondeur l’ensemble de la société cambodgienne. Les gens doivent changer de nom, les époux sont choisis au hasard, les enfants appartiennent désormais à l’Angkar et les cours de lecture sont remplacés par des danses révolutionnaires, c’est la période papa-maman. Je suis né en 1978 à l’apogée du pouvoir des KR et prends conscience que les Cambodgiens nés la même année que moi sont tous issus de ces mariages contre-nature. Imaginez le traumatisme !

Bien que la liberté de culte soit officiellement autorisée, toute religion est cependant jugée réactionnaire. La petite communauté musulmane Cham est pratiquement disséminée, les mosquées sont transformées en porcheries et les pagodes deviennent des greniers à riz. Les KR décapitent l’immense majorité des statues de bouddha. Fort heureusement, les temples d’Angkor seront miraculeusement épargnés.


Le déclin :

Le nationalisme et la xénophobie font partie intégrante de l’idéologie des KR et c’est ce qui provoquera leur perte. En effet, les KR rêvent de récupérer le delta du Mékong qui appartenait jadis à l’empire angkorien. Ils s’en prennent donc aux ressortissants vietnamiens vivant en grand nombre au cambodge. Pol Pot déplace également des troupes à la frontière afin d’intimider ses voisins. Les Vietnamiens ripostent rapidement aux menaces, envahissent le Cambodge et font tomber le régime des KR fin décembre 1978. Les KR se retranchent alors le long de la frontière thaïlandaise et livrent à nouveau la guérilla au régime mis en place par Hanoi. Comble de l’horreur, les KR cherchant à déstabiliser le nouveau pouvoir disposeront des milliers de mines antipersonnel (conçues pour mutiler et non tuer) dans les champs et rizières afin de priver le nouveau régime provietnamien de récoltes. Sans succès, car le Vietnam occupera le pays durant 11 ans et seule la population civile sera affectée par le fléau des famines et par les innombrables mutilations. En 1989, l’armée vietnamienne se retire du pays et les KR bien que très affaiblis sont encore présents par endroits, mais le pouvoir leur a définitivement échappé.

http://www.cambodgesoir.info/content.php?itemid=35663&p=