28/04/2009

Phnom Penh

Phnom Penh : Day 59

08/04/2009 :

Je me réveille tôt et vais petit-déjeuner vers 07h30. 07h55, je me poste en face de la guesthouse pour attendre le tuk-tuk qui doit m'amener à la gare routière. 08H10, toujours rien à l’horizon. Je commence un peu à m’inquiéter, car je ne veux absolument pas rater le bus pour Phnom Penh. 08h15, le voilà enfin ! Fort heureusement, j'arrive à la station pile à 08h30. Là, première constatation ; le bus de la nouvelle compagnie Sok Sokha n’est pas tout à fait prêt de partir. Deuxième constatation, contrairement à ce que je pouvais  imaginer, le bus est flambant neuf et d’une propreté impeccable. L’air-conditionné est très efficace et la charmante hôtesse est d’une serviabilité à toute épreuve. Le luxe.

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Ce qui me chiffonne, par contre, c’est que je suis le seul ‘blanc’ dans le bus. Pas que je sois raciste, bien au contraire, mais je sais par expérience que les locaux accordent peu d’importance à la sécurité et sont habitués dès leur naissance à circuler sur des routes dangeureuses où les conducteurs kamikazes sont légions. Ceux qui ont déjà pris le bus ou le taxi en Asie savent de quoi je parle. Pour les autres, je les invite vivement à consulter les liens youtube ci-dessous :

http://www.youtube.com/watch?v=fDkhVbsSprU

http://www.youtube.com/watch?v=RjrEQaG5jPM

http://www.youtube.com/watch?v=y_5uMtPqPtQ

Très marrant à regarder, mais pas du tout rassurant quand vous faites partie de la circulation surtout pour moi qui ait une frousse bleue des moyens transports sur route. Juste pour la petite anecdote, si je devais accorder des médailles de la conduite totalement irresponsable aux villes asiatiques que j’ai eu l’occasion de visiter, je remettrais la médaille d’or à Mumbai (Bombay), la médaille d’argent reviendrait à Hanoi et celle de bronze à Phnom Penh.

Pourtant, le voyage retour vers Phnom Penh se déroule sans encombre. Comme Sok Sokha est une toute nouvelle compagnie qui cherche à se faire connaitre des touristes, je suis soigné aux petits oignons. A notre arrivée à l’agence de la compagnie, je suis immédiatement pris en charge par le personnel. Vu l’accueil et la qualité des bus, j'achète un nouveau billet pour nous rendre à Siem Reap (temples d’Angkor) le lendemain matin (7$) Après avoir réservé le billet, on me conduira en mini-van au quartier du lac Kak. Sur place, je choisis de loger à la Guesthouse Number 9 qui dispose d’une multitude de chambres arrangées dans des baraquements de bois sur pilotis. L’endroit est également plus aéré et convivial que sa voisine Lakeside Guesthouse Number 10 où j'avais logé précédemment (voir Day 53 & 54). Prix de la chambre : 5$.   

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Il est déjà 14h et je suis affamé. J'irai me restaurer et consulterai ensuite mes mails (connexion Internet toujours aussi pitoyable). Vers 15h00, je parcours quelque peu le petit quartier routard du lac Kak que je découvre pour la première fois en pleine journée. Ce dernier, repère de backpackers, de rabatteurs et de vendeurs de marijuana n’est finalement pas si désagréable que cela, malgré son aspect un peu ghetto et le fait que je ne suis habituellement pas fan de ce genre d’endroit.

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Je quitte le quartier du lac, parcours longuement le boulevard Monivong et bifurque à gauche à hauteur de l’hôtel Royal, le plus prestigieux de la ville, afin de rejoindre le Wat Phnom, sanctuaire sacré qui a donné son nom à la capitale. Le Wat est bâti au sommet d’une petite colline de 30 mètres de haut et est l’objet d’une véritable adoration de la part des fidèles. Je m'acquitte d’1$ pour y accéder et suis très déçu par l’endroit et le peu d’intérêt qu’il suscite à mes yeux. Le parc qui entoure le Wat est bien plus agréable et permet d’échapper quelques instants à la circulation et aux bruits de la ville. La journée seulement, car à la nuit tombée, il paraitrait que le parc soit le lieu de rendez-vous des prostituées de la ville.

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Je me balade dans le quartier bordant le fleuve Tonlé Sap et retourne ensuite à la guesthouse par le même chemin. Vers 17h00, je prends place sur la terrasse sur pilotis de l’hôtel et bois quelques pichets de bière profitant ainsi d’un superbe coucher de soleil sur le lac. Ambiance bon enfant. Tout autour de moi, le public jeune et bohème fume ostensiblement de gros pétards bien parfumés.

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Vers 20h00, j'irai manger un Amok. Vers 21h00, masochistes comme je suis, je retourne une énième fois consulter mes mails et surtout tenter de mettre à jour le blog. Sans succès. Vers 22h30, je prends part à une petite fête organisée dans la rue par les Cambodgiens. Le nouvel an Khmer (fête de l’eau nommée Songkhran en Thaïlande) approche à grands pas et les locaux, d’un naturel joyeux et fêtard, n’ont jamais besoin de plus de prétexte pour faire la fête. On me propose à manger et à boire et surtout on m'invite à danser avec eux. J'ai beaucoup aimé. J'irai ensuite retrouver mon lit, car demain, un long trajet m'attend !   

21/04/2009

Cambodge : l'année zéro

Le Cambodge : L’année zéro

Avant de débuter le récit de mon séjour au Cambodge, il me semble essentiel d'aborder ne serait-ce que brièvement l'une des pages les plus sombres du XXème siècle à savoir le génocide perpétré par le régime des Khmers rouges entre 1975 et 1979. Près de 2.000.000 de Cambodgiens, soit un peu moins d’1/4 de la population totale du pays à cette époque, furent massacrés par ces tortionnaires sanguinaires. Ce que j'ai lu et entendu dépasse l’entendement et même si je suis conscient que la majorité des lecteurs soient bien au fait des atrocités commises par les KR (Khmers rouges), j'aimerais néanmoins revenir quelque peu sur ces années sombres, tout simplement pour mieux comprendre le Cambodge d’aujourd’hui et l’état de délabrement dans lequel s’est trouvé le pays ces 30 dernières années.

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Les Khmers rouges :

L’Angkar était l’organisation suprême des KR dont personne ne connaissait les responsables hormis les principaux dirigeants tels que Saloth Sar alias frère n°1, alias Pol Pot (Politique Potentielle) http://fr.wikipedia.org/wiki/Pol_Pot , son bras droit Leng Sary et l’idéologue Khieu Samphân initiateur du ‘marxisme agraire’. http://fr.wikipedia.org/wiki/Khieu_Samph%C3%A2n

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L’ ‘idéologie’ des KR et son application :

Après plusieurs années de guérilla face à un gouvernement corrompu et despotique, les KR se rendent enfin maîtres de la capitale Phnom Penh. En 48h seulement, les KR procèdent à l’évacuation totale de la ville, soit plus de 2.000.000 d’habitants et de réfugiés qui avaient fuit les campagnes. Toute la population est déportée de force vers les campagnes pour travailler dans des conditions proches de l’esclavagisme condamnant ainsi bon nombre de citadins à une mort certaine suite à la malnutrition, aux travaux forcés, aux maladies et au manque total d’infrastructures médicales. L’objectif des KR est de supprimer toute trace de l’ancien régime considéré comme capitaliste et décadent. On déporte et exécute les médecins, les instituteurs, les militaires, les intellectuels, les porteurs de lunettes (assimilés aux intellectuels), les jeunes aux cheveux longs, les personnes parlant une langue étrangère et j’en passe. Leur abjecte système de pensée préconisait qu’il était préférable de tuer un innocent que de laisser en vie un ennemi !!! No comment.    

Hormis l’exécution systématique des élites de l’ancien régime, les KR réorganisent en profondeur l’ensemble de la société cambodgienne. Les gens doivent changer de nom, les époux sont choisis au hasard, les enfants appartiennent désormais à l’Angkar et les cours de lecture sont remplacés par des danses révolutionnaires, c’est la période papa-maman. Je suis né en 1978 à l’apogée du pouvoir des KR et prends conscience que les Cambodgiens nés la même année que moi sont tous issus de ces mariages contre-nature. Imaginez le traumatisme !

Bien que la liberté de culte soit officiellement autorisée, toute religion est cependant jugée réactionnaire. La petite communauté musulmane Cham est pratiquement disséminée, les mosquées sont transformées en porcheries et les pagodes deviennent des greniers à riz. Les KR décapitent l’immense majorité des statues de bouddha. Fort heureusement, les temples d’Angkor seront miraculeusement épargnés.


Le déclin :

Le nationalisme et la xénophobie font partie intégrante de l’idéologie des KR et c’est ce qui provoquera leur perte. En effet, les KR rêvent de récupérer le delta du Mékong qui appartenait jadis à l’empire angkorien. Ils s’en prennent donc aux ressortissants vietnamiens vivant en grand nombre au cambodge. Pol Pot déplace également des troupes à la frontière afin d’intimider ses voisins. Les Vietnamiens ripostent rapidement aux menaces, envahissent le Cambodge et font tomber le régime des KR fin décembre 1978. Les KR se retranchent alors le long de la frontière thaïlandaise et livrent à nouveau la guérilla au régime mis en place par Hanoi. Comble de l’horreur, les KR cherchant à déstabiliser le nouveau pouvoir disposeront des milliers de mines antipersonnel (conçues pour mutiler et non tuer) dans les champs et rizières afin de priver le nouveau régime provietnamien de récoltes. Sans succès, car le Vietnam occupera le pays durant 11 ans et seule la population civile sera affectée par le fléau des famines et par les innombrables mutilations. En 1989, l’armée vietnamienne se retire du pays et les KR bien que très affaiblis sont encore présents par endroits, mais le pouvoir leur a définitivement échappé.

http://www.cambodgesoir.info/content.php?itemid=35663&p=